Enquête
L'audience n'a jamais été le problème
Six créateurs africains sur dix gagnent moins de 100 dollars par mois. On a passé les études du secteur au crible pour comprendre pourquoi. Ce n'est ni le talent, ni l'audience, ni même le paiement.
Commençons par un aveu que le secteur fait sur lui-même sans le formuler.
Deux études publiées à quelques mois d'intervalle ne s'accordent pas sur la taille du marché. Le African Creator Economy Report 2.0 évalue l'économie créateur africaine à 3,08 milliards de dollars, projetée à 17,84 milliards en 2030. Coherent Market Insights l'évalue à 5,10 milliards en 2025 et projette 29,84 milliards en 2032, sur une croissance annuelle de 28,7 %.
L'écart est du simple au double. Même continent, même période, deux réalités.
Ce n'est pas qu'un problème de méthode. Un secteur qu'on ne sait pas mesurer est un secteur qu'on ne sait pas financer, et ça se lit ailleurs dans les chiffres : seuls 4,2 % des créateurs interrogés ont accès à un financement formel. Quand on ne peut pas prouver la taille d'un marché, personne ne prend le risque de le doter.
Mais sur ce qui compte vraiment, les études convergent. Et ce qu'elles disent est très précis.
Où va réellement l'argent
Regarde la répartition des revenus des créateurs africains.
Les partenariats de marque arrivent en tête, à 28 %. Juste derrière, la vente de produits et services numériques, à 25 %. Les produits physiques suivent à 14,2 %.
Et la publicité ?
La part de la publicité dans les revenus des créateurs africains.
Additionne maintenant. Vente numérique et vente physique confondues, le commerce direct pèse près de 40 % des revenus des créateurs. Il dépasse déjà les partenariats de marque. Il écrase la publicité dans un rapport de sept contre un.
Ça mérite d'être posé en une phrase : les créateurs africains gagnent leur vie en vendant, pas en étant vus.
Ils le font déjà. Aujourd'hui. Avec un numéro WhatsApp en bio et des captures d'écran de paiement.
Et pourtant, toute la conversation publique sur la monétisation en Afrique tourne autour de la publicité. Combien rapportent mille vues. Quand tel programme de rémunération arrivera dans tel pays. On débat depuis des années d'un canal qui pèse moins de 6 % de ce que les créateurs encaissent réellement.
Il y a une raison structurelle à ce décalage. Les programmes qui rémunèrent directement les vues restent concentrés sur une poignée de marchés à haut revenu, ceux où les accords bancaires et fiscaux sont déjà en place. La plupart des pays africains n'y figurent pas. Les listes évoluent, parfois vite, mais le principe ne change pas : un créateur de Cotonou, de Lomé ou de Kinshasa construit son audience sur des plateformes dont le robinet principal n'est pas ouvert chez lui.
Alors il fait autre chose. Il vend.
La pyramide nigériane
Le Nigeria est le meilleur endroit pour observer le phénomène, parce que c'est le marché où il y a le plus de tout.
Plus de 400 000 créateurs Instagram y dépassent les 1 000 abonnés. Sur TikTok, ils sont plus de 6,3 millions. En volume brut, c'est une des populations de créateurs les plus denses au monde.
Maintenant, la répartition des revenus dans ce même pays : 56 % gagnent moins de 100 dollars par mois, et 3,23 % dépassent 5 000 dollars.
Arrête-toi une seconde sur ces deux chiffres côte à côte.
Une population de créateurs massive n'est pas la preuve d'une économie créateur mature. C'est la preuve d'une participation massive. Ce sont deux choses différentes, et les confondre est l'erreur la plus courante quand on parle de ce secteur depuis l'extérieur.
Le nombre de créateurs mesure l'envie. Le revenu médian mesure l'infrastructure.
Pourquoi le deal de marque ne remplacera jamais ça
L'autre réponse qu'on entend, c'est le partenariat de marque. C'est le premier poste de revenus du secteur, donc ça semble être la piste évidente.
Sauf que l'arithmétique l'interdit.
Plus de la moitié des créateurs africains ont moins de 10 000 abonnés. Seuls 7,5 % dépassent les 500 000. Les budgets des marques se concentrent mécaniquement sur ce sommet étroit, et c'est rationnel de leur part : une campagne coûte autant à gérer avec dix petits comptes qu'avec un gros.
Pour les 92,5 % restants, attendre un contrat de marque n'est pas une stratégie. C'est une file d'attente.
Prends un créateur avec 3 000 abonnés très engagés dans une ville d'Afrique de l'Ouest. Aucune agence média ne le rappellera. Il peut parfaitement vendre quarante produits par mois à sa communauté. Les deux affirmations sont vraies en même temps, et seule la seconde lui paie son loyer.
Le modèle publicitaire et le modèle du deal de marque ont ça en commun : ils rémunèrent l'attention au moment où elle est vendue à un tiers. Le commerce direct, lui, rémunère la confiance au moment où elle se transforme en achat. Dans une communauté de 3 000 personnes qui te connaissent, la seconde vaut infiniment plus cher que la première.
L'argent, lui, circule très bien
Il reste l'explication qu'on entend le plus souvent, celle qui est presque devenue un réflexe : l'Afrique manquerait d'infrastructure de paiement.
Les chiffres disent l'inverse.
Le montant transité par le mobile money en Afrique en 2025, soit près des deux tiers des flux mondiaux.
Près de 1 432 milliards de dollars sont passés par le mobile money en Afrique en 2025, contre 2 091 milliards dans le monde entier. Et la catégorie qui progresse le plus vite est précisément celle des paiements marchands, en hausse de près de moitié sur l'année, à 155 milliards de dollars au niveau mondial.
Le continent n'est pas en retard sur le paiement numérique. Il est en avance sur à peu près tout le monde.
Il faut quand même ajouter la nuance, parce qu'elle est importante et qu'on ne va pas faire semblant de ne pas l'avoir lue. Sur les quelque 1,2 milliard de comptes mobile money enregistrés sur le continent, seuls 347 millions enregistrent une transaction au cours d'un mois donné. Sept comptes sur dix dorment.
Ça ne contredit pas le constat. Ça le précise. Le rail existe, il est massif, et il est sous-activé. Ce qui manque, ce n'est pas le tuyau. C'est une raison régulière de s'en servir.
Une vente à un créateur qu'on suit depuis deux ans, c'est exactement ce genre de raison.
Les trente secondes manquantes
Alors reprenons calmement. Les audiences existent. Les produits existent. Les rails de paiement existent et sont les plus utilisés de la planète.
Le trou est ailleurs. Il se situe entre « je veux ça » et « j'ai payé ».
Aujourd'hui, ce moment ressemble à ceci. Un créateur publie. Quelqu'un commente pour demander le prix. Le créateur répond en privé. Il envoie un numéro. L'acheteur quitte l'application, ouvre son mobile money, tape le montant, revient, envoie une capture d'écran. Le créateur vérifie. Puis livre.
Six étapes. Deux applications. Une vérification manuelle. Et à chaque étape, des gens qui abandonnent.
Ajoute à ça ce que ça coûte réellement de tenir ce parcours : les frais prélevés à chaque intermédiaire, l'accès limité aux rails de paiement internationaux quand l'acheteur est à l'étranger, et le coût des données mobiles, qui reste un poste de dépense réel dans des marchés où une heure de vidéo peut consommer près d'un gigaoctet.
Cette déperdition n'apparaît dans aucun rapport. Elle ne figure dans aucune projection de marché. Aucune plateforme ne la mesure, pour une raison simple : elle se produit précisément là où aucune plateforme ne regarde, dans l'espace entre deux applications.
C'est là, dans cet angle mort, que se joue l'écart entre une économie créateur évaluée à plusieurs milliards et six créateurs sur dix sous 100 dollars par mois.
On a déjà écrit un article entier sur ce problème et sur les outils qui s'y attaquent, y compris ceux qui ne sont pas nous : Trois outils, deux problèmes différents. On ne va pas le refaire ici.
Un continent, quarante marchés
Un dernier point, et c'est celui qu'on voit le moins souvent écrit.
« L'économie créateur africaine » n'existe pas au singulier. Ce qu'on observe depuis nos propres serveurs, avec une communauté répartie sur plus de 175 pays, ce n'est pas un marché. C'est une collection d'écosystèmes locaux qui n'ont presque rien en commun sur le plan opérationnel.
L'opérateur mobile money dominant change tous les 500 kilomètres. La devise change. Le taux de bancarisation change. Le prix du gigaoctet change. Le cadre réglementaire change. Le panier moyen change.
Une solution conçue pour Lagos ne fonctionne pas telle quelle à Douala. Une solution conçue pour Nairobi ne fonctionne pas telle quelle à Dakar.
C'est précisément ce qui a découragé les grandes plateformes d'ouvrir leurs programmes ici : le coût d'intégration est élevé et le revenu par utilisateur est faible. Le calcul se comprend. Il laisse simplement des centaines de millions de personnes en dehors.
Ce que je retiens de ces chiffres
Cette section engage personnellement Abdul A. KONDO, fondateur de Friym.
Il y a une donnée dans ces études que je n'ai vue commentée nulle part, et c'est celle qui me travaille le plus : 40 % des créateurs africains considèrent encore leur activité comme un loisir.
On peut lire ce chiffre comme un reproche. On peut en conclure qu'il faut former les créateurs, les professionnaliser, leur apprendre la discipline. C'est la lecture habituelle.
Je la trouve à l'envers.
Personne ne traite en professionnel une activité qui ne paie pas de façon prévisible. Quand ton revenu dépend d'un partenariat qui tombera peut-être, d'un programme de rémunération qui n'est pas ouvert dans ton pays, ou d'un acheteur qui doit t'envoyer une capture d'écran que tu vérifieras à la main, tu ne construis pas une entreprise. Tu tentes ta chance, régulièrement, et tu appelles ça un loisir parce que c'est la description honnête de ce que c'est.
L'ordre communément admis est inversé. On demande aux créateurs de se professionnaliser pour mériter une infrastructure. Dans les faits, c'est l'infrastructure qui rend la professionnalisation possible. Un revenu qu'on peut anticiper change le comportement de celui qui le reçoit. Il se met à tenir des comptes, à planifier ses sorties de produits, à réinvestir. Pas l'inverse.
C'est pour ça que je ne crois pas beaucoup aux programmes de formation de créateurs comme réponse principale. Former quelqu'un à mieux vendre dans un système où encaisser prend six étapes, c'est optimiser la mauvaise variable.
Et c'est aussi pour ça que je me méfie du récit misérabiliste sur les créateurs africains. Ces chiffres ne décrivent pas des gens qui échouent. Ils décrivent des gens qui réussissent à vendre malgré une infrastructure qui ne les a jamais prévus. Quarante pour cent des revenus du secteur viennent déjà de la vente directe, sans qu'aucun outil n'ait été conçu pour ça ici.
Imagine ce que ça donne quand il y en a un.
C'est la conviction sur laquelle Friym est construit. Je préfère l'écrire comme une conviction plutôt que comme une évidence, parce qu'elle reste à démontrer.
Ce qu'on ne dira pas
On ne dira pas que Friym résout ce problème. On dira qu'on a construit pour l'attaquer, et que la démonstration reste entièrement à faire.
On ne publiera pas de volume de transactions tant qu'il ne signifiera rien. On ne racontera pas d'histoires de créateurs devenus riches tant qu'il n'y en aura pas. Preuve avant affirmation, c'est la règle de la maison, et elle s'applique d'abord à nous.
Ce qu'on peut montrer aujourd'hui tient en quatre lignes. Friym Constellation a été lancé le 7 août 2026. La commission est de 5 %, écrite à l'article 4 des conditions générales de vente, pas seulement sur une page marketing. Les versements partent automatiquement toutes les 48 heures vers le mobile money, sans que le créateur ait à les réclamer. La communauté couvre plus de 175 pays et n'a coûté aucun budget publicitaire.
Tout le reste est vérifiable sur legal.friym.com, en PDF, versionné.
Le reste, ce sont les chiffres qui le diront. Quand il y en aura.
Sources : African Creator Economy Report 2.0 (Communique & TM Global) ; Nigerian Creator Economy Report 2025 ; Africa Creator Economy Market, Coherent Market Insights ; State of the Industry Report on Mobile Money 2026, GSMA. Données consultées le 18 septembre 2026 et susceptibles d'évoluer.
Friym est édité par FIDEVO GROUP SAS, société béninoise immatriculée au RCCM sous le numéro RB/PNO/25 B 6467, Porto-Novo, République du Bénin.